Standardisation
La standardisation, concept moderne venu du Japon après la 2ème guerre mondiale, plonge ses racines dans une histoire longue et tumultueuse.
Les Romains pratiquaient déjà la standardisation (peut-être (certainement) a-t-elle commencé plus tôt mais nous n’avons pas trouvé d’exemple). La standardisation la plus visible et encore utilisée aujourd’hui répondait au besoin de pouvoir changer des pièces dans un endroit qui se prête peu à l’ajustement sur place. Il fallait pouvoir fabriquer des éléments finis qui une fois fabriqués ne devaient plus subir de transformation et être installés dans un ensemble plus vaste souvent très loin du lieu de fabrication. Les plus perspicaces d’entre vous auront reconnu la tuile romaine (ou tuile canal) : Elle est fabriquée depuis l’époque romaine en respectant les principes de standardisation : Interchangeabilité des pièces, mutualisation des éléments de base quelque soit le type de toiture.
Toutefois la formalisation de la standardisation n’apparaît que vers 1750 et la mise en œuvre quelques dizaines d’années plus tard. En 1785, Thomas Jefferson, alors ambassadeur des Etats-Unis, visita une armurerie dans le donjon de Vincennes qui retint toute son attention. Il y rencontra un armurier du nom d’Honoré Blanc qui lui présenta une méthode de production, mise en oeuvre dans les années 1770, « qui recelait en germe une véritable révolution technologique : La fabrication des fusils selon un principe de standardisation qui permettait d’éviter l’ultime phase, longue et coûteuse, de l’ajustement final pour chaque pièce et l’interchangeabilité des pièces entrant dans la composition des fusils ». De retour aux Etats-Unis Thomas Jefferson s’empressa d’enseigner cette méthode aux manufacturiers de son pays. Ceux-ci s’emparèrent du principe et l’exploitèrent largement.
Cette méthode fut mise en place par Honoré Blanc à la demande de Gribeauval suite au constat de la faiblesse de l’armement français, révélée par la guerre de 7 ans (1757-1763) et à la réorganisation de la tactique et de l’équipement qui suivirent. Tout d’abord il installa à Saint Etienne haut lieu de l’armurerie. Puis devant la pression de la corporation des armuriers il dû quitter Saint Etienne et il s’installa dans le donjon du château de Vincennes, là où le visita Thomas Jefferson. Après thermidor, Honoré blanc s’installa à Roanne et y restera jusqu’à sa mort en 1802, sa fabrique ne lui survivra que jusqu’en 1807.
A la fois pour des raisons de coûts (les fusils ainsi fabriqués étaient 20% plus cher) et bien qu’ils fussent de bien meilleure qualité, mais aussi pour des raisons politiques (l’Empire ne pouvait pas se couper du grand centre de production que constituait le bassin de Saint Etienne), l’Etat décida de fermer la fabrique de Roanne.
L’issue de cette première expérience devait marquer profondément les esprits du temps et la standardisation resta longtemps synonyme d’échec.
Pour en savoir plus :
La revue l’Histoire N° 222 de juin 1998.
Ken ALDER – Engineering the Revolution Arms and Enlightenment in France 1763-1815 – Princeton University Press 1997.